Devenir médecin représente l’un des parcours les plus exigeants et les plus longs de l’enseignement supérieur français. Entre neuf et douze ans d’études selon la spécialité choisie, des horaires de travail intensifs, et des périodes de stage qui laissent peu de temps pour un emploi étudiant, les futures médecins font face à des défis financiers considérables. Pour beaucoup de familles, financer un tel parcours peut sembler insurmontable.
Pourtant, abandonner son rêve de médecine pour des raisons financières serait non seulement une tragédie personnelle mais aussi une perte pour la société. Le système de santé a besoin de médecins issus de tous les milieux, capables de comprendre et de servir la diversité de la population. C’est pourquoi de nombreux dispositifs de bourses études médecine existent pour accompagner les étudiants tout au long de ce parcours marathon.
Des bourses sur critères sociaux classiques aux aides spécifiques au cursus médical, en passant par les engagements de service public et les aides régionales, les opportunités de financement sont nombreuses et souvent méconnues. Ce guide exhaustif vous accompagne dans la découverte de toutes ces possibilités, vous explique les démarches à suivre, et vous donne les clés pour construire un financement solide qui vous permettra de vous concentrer sur votre réussite académique et votre formation clinique.
Comprendre les Spécificités des Études de Médecine
Avant d’explorer les différentes bourses disponibles, il est essentiel de comprendre la structure particulière des études médicales et comment elle influence vos besoins financiers.
La Structure du Cursus Médical
Le parcours pour devenir médecin en France suit une organisation bien définie qui s’étend sur une décennie ou plus. Comprendre cette structure vous aide à anticiper vos besoins financiers à long terme.
Les trois premières années constituent le premier cycle, avec la PASS ou la L.AS en première année, suivies de deux années de formation fondamentale. Cette période établit les bases théoriques de la médecine et introduit progressivement les stages hospitaliers. C’est durant ces années que votre statut d’étudiant classique vous donne accès aux bourses standards du CROUS.
Le deuxième cycle s’étend sur trois ans, de la quatrième à la sixième année. C’est l’externat, période durant laquelle vous alternez entre cours théoriques et stages hospitaliers de plus en plus intensifs. Votre statut évolue : vous êtes toujours étudiant mais également externe des hôpitaux, ce qui ouvre droit à une rémunération pour vos gardes et certains de vos stages.
Le troisième cycle, ou internat, dure de trois à cinq ans selon votre spécialité. Vous devenez médecin en formation spécialisée, avec un véritable salaire hospitalier. Cette période est généralement moins problématique financièrement, bien que les conditions restent difficiles avec des horaires très lourds.
Les Défis Financiers Spécifiques
Les études de médecine présentent des caractéristiques qui rendent le financement particulièrement complexe.
Le temps nécessaire aux études laisse peu de place pour un emploi étudiant. Les cours sont denses, les stages obligatoires et chronophages, et la charge de travail personnelle considérable. Contrairement à d’autres filières où les étudiants peuvent travailler à côté, cette option est réaliste seulement de manière très limitée en médecine.
Les frais annexes peuvent être substantiels. Au-delà des frais d’inscription universitaires, vous devrez investir dans de nombreux ouvrages médicaux coûteux, souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle pour vos stages, acheter des tenues appropriées pour l’hôpital, et parfois payer des cours préparatoires pour certains concours comme l’ECN.
La mobilité est souvent nécessaire. Selon les universités et les stages, vous pourriez devoir vous déplacer dans différents hôpitaux de votre région, voire dans d’autres villes. Ces déplacements engendrent des frais de transport et parfois même de double logement.
L’accumulation de dette sur une si longue période peut être stressante. Même avec des bourses, maintenir un équilibre financier sur dix ans sans revenus stables demande une gestion rigoureuse et peut générer une anxiété financière qui s’ajoute au stress académique déjà considérable.
La Bourse sur Critères Sociaux : Votre Socle de Financement
Comme tous les étudiants de l’enseignement supérieur, les étudiants en médecine peuvent bénéficier des bourses sur critères sociaux du CROUS. Cette aide constitue le socle de votre financement durant les six premières années.
Éligibilité et Critères
Pour bénéficier d’une bourse études médecine sur critères sociaux, vous devez remplir plusieurs conditions fondamentales.
L’âge est le premier critère : vous devez avoir moins de 28 ans au moment de votre première demande de bourse. Cette limite d’âge connaît quelques exceptions, notamment pour les étudiants en situation de handicap, les parents d’au moins un enfant, ou ceux ayant effectué un service civique.
Vous devez être inscrit en formation initiale dans un établissement habilité à recevoir des boursiers. Toutes les facultés de médecine publiques françaises remplissent cette condition. Votre inscription doit être effective et vous devez suivre assidûment vos cours et stages.
Les ressources de votre famille constituent le critère central. Le calcul prend en compte le revenu brut global figurant sur l’avis fiscal de vos parents ou tuteurs légaux de l’année N-2. Plus ces revenus sont faibles, plus l’échelon de bourse auquel vous avez droit est élevé.
La situation familiale influence également le calcul à travers un système de points de charge. Le nombre d’enfants à charge fiscale, le nombre d’enfants dans l’enseignement supérieur, et la distance entre votre domicile familial et votre faculté de médecine augmentent votre nombre de points et donc potentiellement votre échelon.
Les Montants et Échelons
Le système de bourses fonctionne par échelons numérotés de 0 bis à 7, chacun correspondant à un montant annuel spécifique.
L’échelon 0 bis ne verse pas d’allocation financière mais vous exonère des frais d’inscription universitaires et de la Contribution de Vie Étudiante et de Campus. Cette exonération représente déjà une économie de plusieurs centaines d’euros annuellement.
Les échelons 1 à 7 offrent des allocations croissantes. Pour l’année 2024-2025, l’échelon 1 correspond à environ 1 450 euros par an, tandis que l’échelon 7 peut atteindre plus de 6 300 euros annuels. Ces montants sont révisés chaque année pour tenir compte de l’inflation et de l’évolution du coût de la vie étudiante.
Les versements s’effectuent sur dix mois, de septembre à juin. Vous recevez donc un versement mensuel, ce qui facilite la gestion budgétaire. Si vous êtes à l’échelon 7, cela représente environ 630 euros par mois, une aide substantielle qui couvre une part importante de vos besoins de base.
Les étudiants boursiers bénéficient également d’autres avantages : tarifs réduits dans les restaurants universitaires où le repas ne coûte qu’un euro pour les boursiers aux échelons les plus élevés, priorité pour l’attribution de logements en résidence universitaire, et exonération de la cotisation à la sécurité sociale étudiante.
Faire Votre Demande de Bourse
La procédure de demande de bourse études médecine se fait via le Dossier Social Étudiant, une plateforme en ligne centralisée.
La période de dépôt s’étend du 15 janvier au 15 mai précédant la rentrée universitaire concernée. Cette fenêtre temporelle est stricte, et il est crucial de ne pas la manquer. Même si vous ne connaissez pas encore vos résultats au concours ou votre affectation définitive, déposez votre dossier dans les délais.
Créez votre DSE sur le site messervices.etudiant.gouv.fr. Vous devrez fournir votre numéro INE, l’avis fiscal de vos parents, et formuler jusqu’à quatre vœux d’établissements dans différentes académies si vous candidatez à plusieurs facultés de médecine.
Une fois votre dossier complété, vous recevrez une notification conditionnelle de bourse durant l’été. Ce document vous indique l’échelon auquel vous pourriez avoir droit, sous réserve de votre inscription effective dans une faculté de médecine.
Dès votre inscription administrative en faculté confirmée, transmettez votre certificat de scolarité au CROUS. Cette validation transforme votre notification conditionnelle en attribution définitive, et les versements commencent généralement fin septembre ou début octobre.
Les Aides Spécifiques au Cursus Médical
Au-delà des bourses classiques, plusieurs dispositifs d’aide sont spécifiquement adaptés aux particularités des études de médecine.
Rémunération des Externes
À partir de la quatrième année de médecine, vous devenez externe des hôpitaux. Ce statut particulier vous ouvre droit à une rémunération pour certaines de vos activités hospitalières.
Les gardes constituent la principale source de revenus des externes. Chaque garde de nuit ou de week-end est rémunérée. Le montant varie selon les hôpitaux et les conventions locales, mais se situe généralement entre 60 et 100 euros par garde. Un externe effectuant trois ou quatre gardes par mois peut ainsi gagner entre 200 et 400 euros mensuels.
Cette rémunération, bien que modeste, représente un complément appréciable pour de nombreux étudiants. Elle vous permet de financer vos dépenses courantes sans avoir à chercher un emploi en dehors de vos études. L’avantage est que ces gardes font partie intégrante de votre formation clinique, vous ne perdez donc pas de temps sur votre apprentissage.
Certains stages hospitaliers spécifiques peuvent également être rémunérés, particulièrement les stages d’été effectués en tant que faisant fonction d’interne. Ces rémunérations ponctuelles peuvent significativement améliorer votre situation financière durant l’été.
Attention toutefois à ne pas multiplier excessivement les gardes au détriment de vos études. L’équilibre entre revenus complémentaires et réussite académique doit rester votre priorité. Certains externes tombent dans le piège de multiplier les gardes pour des raisons financières, au risque de compromettre leur préparation aux examens.
Le Salariat de l’Internat
À partir de votre entrée en troisième cycle, vous devenez interne et bénéficiez d’un véritable salaire hospitalier. Cette transition marque un changement radical de votre situation financière.
Le salaire d’interne de première année se situe autour de 1 800 euros nets mensuels, progressant chaque année pour atteindre environ 2 500 euros en fin d’internat. Ces montants incluent les gardes obligatoires de votre maquette de formation.
Cette rémunération permet enfin une certaine autonomie financière après six longues années d’études. Vous pouvez rembourser d’éventuelles dettes accumulées durant le premier et le deuxième cycle, épargner pour votre installation future, ou simplement vivre plus confortablement.
Notez que ce salaire s’accompagne de charges importantes. En tant qu’interne, vous cotisez normalement à la sécurité sociale et payez des impôts. Vos horaires sont également très lourds, avec des semaines de travail pouvant dépasser soixante heures dans certaines spécialités.
Aide à l’Installation dans les Zones Sous-Dotées
Même pendant vos études, vous pouvez bénéficier d’aides si vous vous engagez à exercer ultérieurement dans des zones où l’offre de soins est insuffisante.
Le Contrat d’Engagement de Service Public est accessible dès la deuxième année de médecine. En vous engageant à exercer pendant au moins deux ans dans une zone sous-dense après vos études, vous recevez une allocation mensuelle de 1 200 euros durant tout votre cursus. Cette somme s’ajoute à votre bourse éventuelle et aux revenus de vos gardes d’externe.
Cet engagement n’est pas à prendre à la légère. Vous devrez effectivement exercer dans les zones définies après l’obtention de votre diplôme. Toutefois, pour les étudiants issus de territoires ruraux qui envisagent de toute façon de s’y installer, ce contrat offre un financement généreux sans contrainte réelle.
Les collectivités locales de certaines zones rurales proposent également des bourses aux étudiants en médecine qui s’engagent à venir exercer sur leur territoire. Ces dispositifs locaux varient considérablement, mais peuvent inclure une allocation mensuelle pendant les études, la prise en charge de frais de formation complémentaire, ou même une aide à l’installation en cabinet.
Les Aides Régionales et Départementales
Les régions et départements français ont développé leurs propres programmes d’aide aux étudiants en médecine, conscients des enjeux de démographie médicale sur leurs territoires.
Programmes Régionaux de Soutien
Chaque région dispose de dispositifs spécifiques, souvent méconnus mais potentiellement très intéressants.
Certaines régions proposent des bourses complémentaires aux étudiants en médecine qui s’engagent à effectuer leurs stages dans des hôpitaux de proximité de la région. Ces bourses visent à familiariser les futurs médecins avec les territoires ruraux et à favoriser leur installation ultérieure.
Les aides au transport sont fréquentes, particulièrement importantes pour les étudiants en médecine qui doivent se déplacer entre différents sites hospitaliers. Des abonnements à tarif réduit ou des remboursements partiels de frais kilométriques peuvent être proposés.
Certaines régions financent également des formations complémentaires spécifiques. Par exemple, des modules de langues étrangères médicales, des formations aux urgences, ou des certifications particulières peuvent être prises en charge si elles correspondent aux besoins du territoire régional.
Pour identifier les aides disponibles dans votre région, consultez le site internet du conseil régional, section santé ou enseignement supérieur. Contactez également le service social de votre faculté de médecine, qui dispose généralement d’informations à jour sur tous les dispositifs locaux.
Bourses Départementales et Municipales
À une échelle plus locale, certains départements et grandes villes proposent des aides aux étudiants en médecine.
Ces bourses sont particulièrement développées dans les territoires ruraux confrontés à des déserts médicaux. Un département qui peine à attirer et retenir des médecins investira dans le soutien aux étudiants locaux en médecine, espérant qu’ils reviendront exercer sur le territoire.
Les montants varient considérablement, de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros annuels selon les collectivités et leur situation budgétaire. Certaines bourses sont assorties d’engagements, d’autres sont attribuées sans contrepartie.
Les critères d’attribution peuvent combiner plusieurs éléments : origine géographique de l’étudiant, ressources familiales, engagement à effectuer des stages dans les établissements du territoire, ou projet d’installation future.
N’hésitez pas à vous renseigner directement auprès de votre conseil départemental et de votre mairie. Ces dispositifs locaux, souvent peu publicisés, sont parfois moins sollicités et vos chances de les obtenir peuvent être meilleures que pour les grandes bourses nationales.
Les Bourses de Fondations et Associations
Le secteur associatif et les fondations privées jouent également un rôle dans le soutien aux étudiants en médecine.
Fondations Médicales
Plusieurs fondations liées au monde médical proposent des bourses aux étudiants méritants ou en difficulté financière.
La Fondation de l’Ordre des Médecins offre des aides ponctuelles aux étudiants en médecine confrontés à des difficultés financières exceptionnelles. Ces aides peuvent couvrir des situations variées : problèmes de santé empêchant temporairement de travailler, rupture familiale brutale, ou autres circonstances imprévues.
Certaines sociétés savantes médicales, regroupant les spécialistes d’une discipline, proposent des bourses aux étudiants s’orientant vers leur spécialité. Ces bourses visent à encourager les vocations dans des spécialités en tension, comme la médecine générale, la psychiatrie, ou la gériatrie.
Les associations d’anciens étudiants de certaines facultés de médecine gèrent parfois des fonds de solidarité alimentés par les cotisations des médecins diplômés. Ces fonds aident les étudiants actuels en difficulté, perpétuant ainsi une tradition de solidarité intergénérationnelle.
Fondations Humanitaires
Les étudiants en médecine engagés dans des projets humanitaires peuvent solliciter des bourses auprès d’organisations spécialisées.
Si vous participez à des missions médicales humanitaires pendant vos vacances universitaires, certaines ONG peuvent financer tout ou partie de vos frais de mission. Au-delà du soutien financier, ces expériences enrichissent considérablement votre formation en vous confrontant à des réalités médicales très différentes du système de santé français.
Les fondations comme Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, ou la Croix-Rouge proposent des programmes de soutien aux étudiants en médecine engagés. Ces programmes peuvent combiner financement, formation spécifique, et mentorat par des médecins expérimentés.
Attention toutefois à ne pas multiplier les engagements bénévoles au point de compromettre vos études. L’humanitaire est admirable, mais votre priorité doit rester l’obtention de votre diplôme qui vous permettra ensuite de soigner de nombreux patients tout au long de votre carrière.
Bourses pour la Recherche Médicale
Si vous vous orientez vers la recherche médicale en parallèle de votre cursus clinique, des financements spécifiques existent.
Les années de master recherche peuvent être financées par des bourses de l’INSERM, du CNRS, ou de fondations de recherche médicale. Ces bourses reconnaissent que la double formation clinique et recherche est longue et exigeante, nécessitant un soutien financier adapté.
Les étudiants préparant un MD-PhD, ce parcours combinant médecine et doctorat en sciences, peuvent accéder à des financements doctoraux tout en poursuivant leur cursus médical. Certaines écoles doctorales ont des programmes spécifiques pour ces profils médecins-chercheurs.
La Fondation pour la Recherche Médicale, l’Institut Pasteur, ou encore l’Institut Curie proposent des bourses pour les étudiants en médecine s’engageant dans la recherche. Ces opportunités sont particulièrement intéressantes pour ceux qui envisagent une carrière hospitalo-universitaire.
Financement des Années Préparatoires
La première année de médecine, PASS ou L.AS, présente des défis financiers particuliers qui méritent une attention spécifique.
Bourses Dès la Première Année
Contrairement à une idée reçue, vous pouvez bénéficier de bourses dès votre PASS ou L.AS. Les critères et montants sont identiques à ceux de toute autre formation universitaire.
Si vous êtes éligible aux bourses sur critères sociaux, faites impérativement votre demande via le DSE dès janvier précédant votre entrée en première année. Cette bourse vous aidera à gérer les coûts importants de cette année particulière : ouvrages spécialisés, abonnements à des plateformes de révision en ligne, éventuels cours préparatoires.
Les frais de préparation privée posent question à de nombreux étudiants. Ces prépas, qui peuvent coûter plusieurs milliers d’euros, creusent les inégalités entre étudiants selon leurs ressources familiales. Si vous êtes boursier, cherchez des alternatives moins coûteuses : tutorats organisés par la faculté, groupes de travail entre étudiants, ressources en ligne gratuites.
Certaines prépas privées proposent des tarifs réduits ou des bourses internes pour les étudiants en difficulté financière. N’hésitez pas à les contacter pour exposer votre situation. Beaucoup ont conscience du problème d’équité et ont mis en place des dispositifs d’aide.
Gestion du Redoublement
Le redoublement en première année pose des questions financières spécifiques. En principe, vous conservez votre droit à bourse si vous redoublez pour des raisons médicales justifiées.
Pour un redoublement pédagogique classique, le maintien de votre bourse dépend de votre situation globale et de l’appréciation du CROUS. En général, un premier redoublement n’entraîne pas la perte de la bourse, mais des redoublements multiples peuvent poser problème.
Si vous êtes dans cette situation, prenez contact avec l’assistante sociale du CROUS pour expliquer votre parcours. Une commission étudie chaque dossier individuellement et peut maintenir votre bourse selon les circonstances.
L’important est de ne jamais rester isolé avec vos difficultés. Les services sociaux universitaires sont là pour vous accompagner et trouver des solutions adaptées à votre situation particulière.











